

Le continent américain demeurait un monde absolument inconnu du reste de lunivers civilisé lorsque Christophe Colomb découvrit, le 12 octobre 1492, les côtes du "Nouveau Monde". Longtemps encore, les navigateurs crurent quil ne sagissait que dun nouveau rivage de lAsie, cette contrée aux épices si convoitées.
Les rois dEspagne et du Portugal envoyèrent vers ces horizons inexplorés des expéditions où missionnaires accompagnaient marins et conquistadors, car en ces temps de Chrétienté, la grandeur des pays européens nallait pas sans la plus grande gloire de Dieu.
En 1493, lEspagne et le Portugal obtinrent du Pape, alors arbitre incontesté des conflits entre les nations chrétiennes, le partage du monde en leur faveur suivant deux zones dinfluence respectives. Alexandre VI assortit même son décret dune menace dexcommunication contre qui lenfreindrait.
Cela nempêcha pas le roi dAngleterre, Henri VII, denvoyer en 1497 le navigateur Jean Cabot, dorigine italienne, tenter de trouver un passage vers les Indes par lOuest et le Nord de lAtlantique. Sans doute atteignit-il le rivage américain, mais lendroit en est si peu déterminé que lAngleterre attendra un siècle avant de commencer à revendiquer dhypothétiques droits acquis pour elle en Amérique du Nord par cette expédition.
Il n'est toujours pas question du Canada. Les années passent. Le Royaume des lys sort des ruines de la guerre de Cent ans. En envoyant sainte Jeanne dArc avec mission de faire sacrer le roi comme "lieutenant du Christ qui est vrai Roy de France ", le Ciel avait à la fois sauvé la monarchie et manifesté son caractère sacral.
Pour comprendre la fonction que la France remplira en Amérique, il est absolument nécessaire de garder présente à lesprit cette alliance mystique passée entre le Christ et la nation française. Après cette restauration de leur autorité, les rois de France sétaient malheureusement grisés de rêves de grandeur et enlisés dans les guerres dItalie. Or cétait dAmérique, du Pérou, que la fortune arrivait à leur rival, lempereur Charles-Quint. Il faudra attendre la paix pour que la France puisse se tourner vers ce Nouveau Monde.
Ce nest donc quen 1523 que le roi François 1er peut organiser la première expédition française outre-Atlantique. Elle est financée par un groupe de banquiers italiens établis à Lyon, et lobjectif assigné à son chef, le Florentin Jean Verrazano, est de découvrir, par lOuest, une nouvelle route vers lInde et la Chine. Il sagit de contrebalancer le grand avantage que Magellan vient de donner aux Espagnols en découvrant un passage vers lExtrême-Orient par le sud de lAmérique ; il sagit également de trouver au loin lor qui manquait si cruellement au trésor royal. Giovanni da Verrazano
Las ! Verrazano se heurte au littoral américain. Le premier, il en reconnaît la continuité depuis la Floride espagnole jusquà Terre-Neuve, sans espoir de passage vers la Chine ! Maigre consolation : il donne le nom de Nouvelle-France à tous ces territoires abordés. Portugais et Espagnols veillent jalousement sur leur privilège, et lexcommunication, menaçant ceux qui enfreindraient le décret dAlexandre VI, constitue un sérieux obstacle pour le roi de France durant encore dix ans. Mais, en 1533, profitant du mariage de son fils, le futur Henri Il, avec Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII, François 1er obtient la précision officielle que lacte dAlexandre VI ne concernait que les territoires connus à lépoque et non ceux à découvrir.
En 1534 est le
le premier voyage de Jacques Cartier.. Enfin libéré, François 1er décide denvoyer dès 1534 une expédition devant poursuivre les recherches de Verrazano, toujours dans le même but commercial. Le chef en sera un navigateur de grande expérience, originaire du port de Saint-Malo : cest Jacques Cartier, présenté au roi par le grand aumônier du roi et abbé du Mont-Saint-Michel. Cartier est un notable apparenté avec les plus honorables familles malouines dintrépides marins. Dès son premier voyage, il prouve son habileté en effectuant lune des plus rapides traversées de lépoque : il aborde Terre-Neuve après seulement vingt jours de navigation et, contournant lîle par le nord, il atteint pour la première fois le rivage américain. La prise de possession des lieux se fait au nom du roi de France. Cartier dresse cérémonieusement la Croix. Dans ses "Relations", le navigateur décrit lui-même lévénement : Jacques Cartier
"Et icelle croix plantâmes sur ladite pointe [celle de Gaspé] devant eux [les Indiens], lesquels la regardaient faire et planter. Et après quelle fut élevée en lair, nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant icelle devant eux, et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par icelle était notre rédemption, de quoi ils firent plusieurs admirations, en tournant et regardant icelle croix." Cette croix blanche avait trente pieds de haut et portait linscription "Vive le Roy de France!''.
Admirable époque, encore profondément chrétienne, où Dieu, la France et le roi étaient servis en même temps et dun même amour !
Cartier reste quelque temps à explorer la côte puis décide le retour non sans emmener, un peu malgré eux, deux indigènes qui pourront servir par la suite dinterprètes et de pilotes. François 1er écoute avec grand plaisir la narration des découvertes de son navigateur, et lorsquil entend les deux Indiens parler dun royaume du Saguenay où abonde lor, un vif intérêt sajoute à la curiosité. Il décide alors que Jacques Cartier recevra la mission de poursuivre au printemps suivant lexploration (et la prospection!) entreprise.
Le jour de la Pentecôte 1535, Cartier se confesse et communie en viatique ainsi que tous ses matelots ; puis, après avoir reçu dans la cathédrale de Saint-Malo une bénédiction spéciale de leur évêque, ils embarquent sur leurs navires désormais célèbres : la Grande Hermine, la Petite Hermine et lémérillon, qui les portent "aux Terres Neuves ". Le 10 août, Cartier pénètre dans une baie immense quil nomme Saint-Laurent puisque léglise le fête ce jour-là. Il apprend quelle mène vers un pays appelé "Canada", ce qui signifie : groupe de cabanes. Cette voie deau conduit donc à des bourgades dIndiens sédentaires qui, à cette époque, sont les Iroquois. Pour les marins français, le fort courant quils observent ne peut être que le flux entre deux océans et ainsi lon serait donc sur le point de découvrir le fameux passage ? Il faut à tout prix pousser de lavant! Laccueil des indigènes se révèle cordial, tant à Stadaconé, sur le site actuel de Québec quà Hochelaga, sur lîle de Montréal. En cet endroit, toute la population accourt à la suite de son chef pour demander la guérison des malades à celui quils prennent pour un dieu nouveau.
Voici à quoi ressemblait Hochelaga à l'arrivée de Cartier. Entouré d'une palissade, ce village iroquoien occupait le site actuel de Montréal.
La "Relation" raconte que Cartier, "voyant la foi et la piété de ce dit peuple, dit lévangile de saint Jean, "In principio " faisant le signe de la croix sur les pauvres malades, priant Dieu quil leur donnât connaissance de notre sainte foi et de la passion de Notre Sauveur et grâce de recouvrer chrétienté et baptême ". Puis, à la lecture de la Passion de Notre-Seigneur, "tout ce pauvre peuple fit un grand silence et furent merveilleusement attentifs, regardant le Ciel et faisant pareilles cérémonies quils nous voient faire". Cette piété ravit le coeur de nos Bretons et leur laisse espérer un fructueux apostolat pour léglise. Les habitants dHochelaga mènent alors Cartier au sommet de la montagne que le navigateur nomme le mont Royal et doù il entrevoit comme en rêve les possibilités de ce pays. Lidée de la colonisation du Canada vient de naître. Cependant, la froide réalité va bientôt mettre à rude épreuve ces beaux projets. Il faut revenir à Stadaconé pour hiverner mais Donnacona a été furieux que Cariter aille à Hochelaga. Les Indiens se montrent plutôt menaçants, si bien quon nose plus sortir du fortin érigé à la hâte. Lhiver et ses quatre pieds de neige jusquen avril sont terribles pour nos Bretons bientôt en proie au scorbut. Sur cent dix hommes, vingt-cinq périssent et quinze seulement demeurent valides lorsque Jacques Cartier implore solennellement le Ciel par un voeu à Notre-Dame. Il ne tarde pas à être exaucé, car les jours suivants des Indiens lui montrent un remède : "la tisane dAnneda". Il sagit probablement dune infusion riche en vitamines C, de feuilles de thuya ou cèdre blanc du Canada. Elle permet providentiellement aux explorateurs de revoir leur patrie bien- aimée.
Lenthousiasme de Cartier nen est pas pour autant abattu. Dans une de ses "Relations", il expose librement à François 1er tous les avantages que la France pourrait trouver en ces contrées lointaines et lévangélisation que léglise pourrait y accomplir. Notre navigateur ose même exposer respectueusement à son roi quil tolère trop facilement "ces méchants luthériens" qui éclipsent la foi et la civilisation ; et de lui citer comme modèle le catholique roi dEspagne qui soppose avec bonheur aux criminelles entreprises "des enfants de Satan''. François 1er mène en effet une politique ambiguë vis-à-vis du protestantisme qui progresse, de ce fait, rapidement dans le Royaume.
Cartier en est venu à préconiser un véritable établissement français au Canada. Il rédige pour cela "un mémoire des hommes et provisions nécessaires ", prévoyant denvoyer 276 personnes dà peu près tous les corps de métiers, "tant pour faire le labourage que pour peupler le pays ". Cest le premier projet de colonisation paru en France. François 1er le reçoit, lapprouve et débourse trente mille livres en nommant Cartier capitaine général de la petite flotte destinée à la réalisation de lentreprise, car le roi est conscient que si "commercer est métier de marchand, coloniser est métier de roi ". Il va même jusquà préciser dans la commission du capitaine les motifs les plus élevés : "Instruire les indigènes en lamour et crainte de Dieu et de sa sainte loi et doctrine chrétienne... ; faire chose agréable à Dieu notre créateur et rédempteur et qui soit à laugmentation de son saint et sacré nom et de notre me mère la sainte église catholique de laquelle nous sommes dit et nommé le premier fils." (Groulx)
Pourtant, Cartier ayant achevé ses minutieux préparatifs, le roi jugea bon, pour un motif qui demeure obscur, de coiffer toute lexpédition dun chef extraordinaire : le sieur de Roberval. Ce Roberval était un courtisan ruiné, un de ces protestants que François 1er protégeait contre les poursuites pour "crime dhérésie ".
Au printemps 1541, Roberval reste au large des côtes françaises quil écume en pirate avec une partie de la flotte tandis que Cartier vogue avec lautre partie vers le Canada, pour la troisième fois. Arrivés sur les bords du Saint-Laurent, les Malouins constatent aussitôt lhostilité des indigènes. Ils établissent deux fortins à distance respectable de Stadaconé, à lemplacement de lactuel cap Rouge. Lhiver sécoule à se défendre contre les Indiens et, au printemps 1542, comme Roberval narrive toujours pas, Cartier lève lancre pour retourner en France, car "avec sa petite bande, dira-t-il, il ne put résister aux sauvages ". Mais il emporte en ses soutes un précieux chargement : onze barils dor et un boisseau de pierres précieuses recueillies près du cap Rouge.
Cest à Saint-Jean de Terre-Neuve où il fait relâche que Cartier voit enfin arriver les trois navires de Roberval qui lui ordonne même de retourner avec lui au Canada ! Comme létablit le chanoine Groulx, léquipage de Cartier, effrayé par la perspective dun nouvel hiver comme le précédent, fait valoir à son capitaine que les quinze mois de service prévus lors de lengagement sont écoulés. Et, de nuit, Cartier séloigne subrepticement pour regagner la France où il reçoit un très bon accueil de la part de François 1er. Malheureusement, les alchimistes établissent quen fait dor et de diamants, Cartier na rapporté que de la pyrite de fer et du quartz ! Ces trois voyages ne seront bientôt plus résumés que par le fameux dicton : "Faux comme un diamant du Canada !" Quant au roi, il naura plus de capitaux à engager pour daussi piètres résultats.
De leur côté, Roberval et ses équipages connaissent un fort mauvais hiver sur les rives du Saint-Laurent. Le printemps venu (1543), les survivants regagnent la France. Roberval conserve la faveur royale et meurt dix-sept ans plus tard au cours dune rixe contre des catholiques. Cartier, lui, se retire en son modeste manoir de Limoilou. à sa mort, en 1557, sa bonne ville de Saint-Malo lui réservera lhonneur dêtre inhumé dans la cathédrale, comme les évêques : cest à lentrée de la chapelle de la Sainte Vierge que ce grand chrétien repose encore de nos jours.
Cet échec de limplantation dun établissement permanent marque le début dune éclipse de plus dun demi-siècle de la présence française au Canada. On doit limputer en grande partie à la légèreté du roi François 1er et à la faiblesse de ses finances. Sous la régence de Catherine de Médicis, tant que ce "Machiavel en robe de deuil" influencera la politique royale, le désintérêt pour le Canada, où aucune richesse minière na été trouvée, va être absolu.
Néanmoins la France a désormais, grâce à Jacques Cartier, des droits certains sur ces territoires et quelques commerçants français viennent périodiquement y faire la traite des fourrures. Sil sombre un temps dans le ridicule, le Canada nest donc pas tout à fait oublié. Mais il faudra attendre la fin du XVIe siècle et le règne dHenri IV pour que la France tourne de nouveau son regard vers lAmérique.
Par sa conversion en 1593 et le traité de Vervins en 1598, le roi Henri IV remet la France en paix. Son souci est désormais de reconstruire et rendre le royaume à sa grandeur passée. Entre autres, il encourage la reprise du commerce des fourrures avec les indigènes du Canada. Mais surtout il souhaite un établissement français permanent qui puisse y protéger ce commerce et défendre les droits acquis par Cartier, voire les étendre. En bref, il veut coloniser.
Pour cela, il faut de largent et la couronne française en manque toujours aussi cruellement. Voici Henri IV contraint de faire appel à de riches personnages du royaume, un Aymard de Chastes, catholique, mais aussi des protestants comme Chauvin et de Monts. Le roi les incite à fonder des compagnies qui, en contrepartie du monopole sur le commerce canadien, devront assurer les frais énormes des expéditions de colonisation. Cest selon cette formule que la Hollande bâtit au même moment son empire colonial.
Le premier essai dimplantation a lieu sur le littoral atlantique, en 1605, où le sieur de Monts fonde Port-Royal dAcadie. Difficiles débuts: le climat est fort rigoureux et la région offre peu de ressources. Tant bien que mal, nos colons sinstallent et songent même à convertir les indigènes voisins. Henri IV favorise lenvoi de deux jésuites qui reçoivent cependant un accueil plutôt froid, car si leur ordre est influent (le R. P. Coton, s.j., est confesseur du roi ), il demeure évidemment haï par les protestants et se trouve également méprisé par tout ce que la France compte desprits gallicans dans la noblesse et la bourgeoisie.
Mais la grande menace pour cet établissement français se révèle la proximité des Anglais... Installés en 1607 en Acadie même, ils sont contraints par lhostilité du climat et des Indiens à partir plus au Sud où ils fondent Jamestown qui deviendra le berceau de la Virginie. La proximité de ce redoutable voisin pousse le lieutenant du fondateur de Port-Royal, Samuel de Champlain, à trouver une région plus tranquille: la vallée du Saint-Laurent. Il fait bien puisquen 1613 une attaque anglaise, lancée de Virginie, dévastera létablissement français dAcadie. Et les Acadiens vont subir avec une tranquille opiniâtreté surnaturelle une longue série dhorreurs de la même provenance.
Originaire de Brouage-en-Saintonge, Samuel de Champlain est un catholique ardent. Navigateur et géographe de mérite, il sest battu dans les rangs de la Ligue. Lorsquil commande un navire, il le transforme en véritable "Cité de Dieu", réprimant les blasphèmes et veillant à faire dire la prière matin et soir. Ayant déjà exploré le Saint-Laurent en 1603, il lui trouve de nombreux avantages sur lAcadie. Le climat semble moins rude et la terre meilleure. Les indigènes, plus nombreux, sont tous unis contre un ennemi commun: Les Iroquois.
Depuis les voyages de Cartier, ceux-ci avaient en effet été chassés au sud des Grands-Lacs par les tribus nomades des Algonquins et des Montagnais, mais ils ne rêvaient que de revanche. Cest une lutte acharnée, dans laquelle laide des Français est ardemment souhaitée: par ce moyen, linfluence française peut pénétrer immédiatement jusquaux Grands -Lacs où les plus lointains "alliés", les Hurons, cultivent la terre. Lévangélisation sen trouve pareillement facilitée, ce qui répond aux voeux et soucis les plus constants de Champlain disant qu "au contact de ces peuples qui vivent sans connaissance de Dieu, un apôtre est né en lui "
En 1608, Champlain remonte le Saint-Laurent et choisit le site de Québec. Il y débarque le 3 juillet et commence aussitôt "lHabitation" qui servira à la fois de fort, de demeure et de magasin: ainsi naît modestement la glorieuse ville de Québec. Quels éprouvants débuts! Au printemps 1609, il ne reste plus que huit survivants des vingt-huit Français qui ont hiverné là! Grâce à son courage et à son intrépide persévérance face à dincroyables difficultés, Champlain réussit pourtant à maintenir létablissement français de Québec: il a bien mérité son titre incontesté de "Père de la Patrie ". Quelle vaillance!
Après un hiver si dramatique, loin de rembarquer, il se trouve en plein pays iroquois à la tête dun parti dAlgonquins et de Hurons : il remporte même une éclatante victoire près dun lac auquel il donne son nom. Bientôt on le voit encore plus loin, dans lOuest, chez les Hurons auxquels il promet de laide contre les Iroquois et lenvoi de missionnaires. Cependant, tout est lié à la situation intérieure du royaume de France et à ce qui sera consenti en faveur du Canada.
Or lassassinat dHenri IV, en 1610, porte un coup terrible à Champlain et à la Nouvelle -France que le roi encourageait malgré lopposition de Sully pour lequel aucune richesse nest à attendre de cette colonisation! En outre, le ministre soutient la liberté du commerce revendiquée par les armateurs français (dont beaucoup sont protestants) contre le monopole voulu par le feu roi dans le but de faire financer limplantation au Canada par ceux qui en bénéficieraient.
Linfluence des commerçants se montre telle que Champlain nhésite pas à sembarquer pour la France, car cest à Paris dabord que doivent être défendus les intérêts de la Nouvelle-France. Douze fois il affronte ainsi lOcéan dans les deux sens pour sauvegarder loeuvre entreprise. Au cours de lun de ces séjours à Paris, il épouse Hélène Boullé, de vingt-huit ans sa cadette. Il la convertit du protestantisme et lemmène quelques années au Canada où elle soccupe des Indiens comme une mère.
Devenue veuve, elle entrera chez les ursulines et sera la fondatrice de leur couvent de Meaux.
Mais revenons aux soucis de la colonie... Pour faire contrepoids à lomnipotence de la Compagnie des marchands, il faut au Canada une autorité politique. Champlain obtient de la régente Marie de Médicis que le Canada soit confié aux princes de la famille de Bourbon-Condé avec le titre de vice-rois. Ceux-ci délèguent leur pouvoir à Champlain qui devient leur lieutenant-général pour la Nouvelle-France, ce qui lui confère lautorité, du moins en principe, sur les membres de la Compagnie.
Par cette heureuse décision, le Canada cesse dêtre uniquement l'"affaire" des marchands; cependant leurs rapports avec le pouvoir politique demeureront toujours tendus. Citons ce fait incroyable: en 1619, interdisant à Champlain laccès de leurs navires, ils appareillent sans lui et lobligent à attendre lannée suivante pour pouvoir traverser!
Champlain profite de toute occasion pour plaider la cause de la Nouvelle-France. Aux évêques de France assemblés aux états généraux de 1614, puis aux chambres de commerce, il sadresse par exemple ainsi: "Pour que ce saint oeuvre soit béni de Dieu, il faut y mener quinze religieux récollets et secondement trois cents familles par an avec outils et bétail; en plus, trois cents hommes disciplinés capables de gagner leur vie en même temps que de défendre le pays "
Au lieu des quinze religieux demandés, le Canada ne reçoit en 1615 que quatre franciscains (ou "récollets") qui se mettent à loeuvre sur-le-champ: le P. Le Caron se rend chez les Hurons où il fonde une mission permanente; le P. Dolbeau "cabane" chez les Montagnais et entreprend détablir un dictionnaire de leur langue, tandis que le P. Jamet demeure à Québec auprès des Français et des Indiens de la place. Les fruits de ce premier apostolat missionnaire sont bien décevants. Ici comme ailleurs, la mission appelle la colonisation.
Ces héroiques missionnaires font donc savoir à leurs supérieurs quil faut avant tout "humaniser" les Indiens et que des agriculteurs et artisans venus de France seraient nécessaires pour leur donner lexemple de la vie chrétienne et les attirer à la vie sédentaire. Champlain se fait lécho de ces demandes. Il lui faut trois cents familles.
Dix ans plus tard, en 1628, cinq familles seulement sont établies au Canada! Comment expliquer cet échec? Lhistoire de la famille Hébert, la première établie ici, illustre au mieux les difficultés rencontrées par déventuels colons. Louis Hébert, ancien apothicaire parisien, sétait dabord établi en Acadie où, le premier, il récolta du blé. Chassé par la dévastation des Anglo-Virginiens, il rentra en France tout en conservant la nostalgie du Canada. En 1617, répondant à linvitation de Champlain, il vend tous ses biens et se présente à Dieppe avec toute sa famille afin de sembarquer pour le Canada.
Mais là, profitant de son monopole, la Compagnie des marchands exige de lui, par contrat, quil travaille durant deux ans à son service; encore est-il tenu de vendre sa production à la seule Compagnie et au prix courant en France, alors que celle-ci double ou triple le prix des denrées quelle importe de la métropole.
Pourtant, cela narrête pas le valeureux colon qui avait déclaré "vouloir passer les mers pour venir secourir les sauvages plutôt que pour aucun intérêt particulier, et pour donner un commencement à une peuplade chrétienne". Georges Goyau souligne le rôle de Louis Hébert: "Ancêtre dun grand nombre de familles canadiennes, il mérita dêtre appelé "lAbraham de la colonie", père comme lui dun nombreux peuple de croyants ". Notre héros réussit tant bien que mal à sétablir et sa famille sera la première, et la seule pour un long temps, à pouvoir subsister grâce à sa propre production.
Il ne faut donc pas compter sur la Compagnie pour peupler le Canada: elle craint de voir baisser ses bénéfices si les colons deviennent des intermédiaires entre les Indiens et elle. Le chanoine Groulx nous explique bien que "la colonisation était une taxe sur les profits du détenteur du monopole; celui-ci devait choisir entre son intérêt particulier et lintérêt national"
Autre difficulté pour le peuplement: on ne tirerait pas de grands profits de la mise en culture des rives du Saint-Laurent. En effet, sous un tel climat, les terres fertiles ne donneraient jamais que des produits agricoles déjà abondants en France alors que, plus au sud, les Anglais de Virginie pouvaient développer la culture du tabac américain qui rapporte et attire une abondante main doeuvre.
En 1628, il y aura là-bas plus de deux mille Anglais alors quau Canada les Français ne seront quune soixantaine!
Les difficultés saggravent pour lévangélisation comme pour la colonisation quand la famille de Caen, en majorité protestante, devient détentrice du monopole. Champlain et les missionnaires sen plaignent beaucoup dans les lettres quils envoient en France. Sur les navires de la Compagnie, les équipages forcent les passagers catholiques à assister à leurs "psaumes" et en profitent pour railler et blasphémer les saints mystères de la religion.
Au Canada, les commis de la Compagnie essaient de détourner les Indiens du catholicisme et certains coureurs des bois quelle envoie chez les indigènes comme interprètes pour faire la "cueillette" des fourrures se font remarquer par leur vie scandaleuse, leurs débauches sajoutant à leurs exactions. Enfin, la Compagnie relègue au rang de manoeuvres et douvriers les religieux que, par contrat, elle devait entretenir.
Ainsi les récollets peuvent difficilement subvenir aux besoins de leur apostolat. Ils sont obligés de constater quils narriveront pas à assurer une oeuvre dévangélisation aussi vaste avec de si faibles moyens. Un ordre comme celui des jésuites ne pourrait-il pas oeuvrer efficacement à ce labeur gigantesque? La Compagnie de Jésus avec ses solides appuis à la cour et ses revenus assurés aurait le grand avantage de ne pas se trouver sous la tutelle de la Compagnie de Caen.
Justement, en 1625, Henri de Lévis, duc de Ventadour, achète la vice-royauté du Canada à son oncle, le duc de Montmorency. Le jeune duc de Ventadour, un de ces apôtres de la Contre-Réforme tout imprégnés de lesprit de saint François de Sales, sest déjà distingué par sa vaillance lors des guerres contre les protestants. Son directeur, le Père Noyrot, est membre de la Compagnie de Jésus. "Connaissant son âme de croisé des anciens temps", il lui a conseillé dacheter cette charge pour mettre son influence et sa fortune au service de lévangélisation de ces contrées.
Signalons que son zèle ne se bornera pas là. Quatre années plus tard, il fondera la Compagnie du Saint-Sacrement qui couvrira la France de ses bonnes oeuvres et de ses générosités, assistant saint Vincent de Paul en toutes ses entreprises. Nous verrons quil saura intéresser les membres de cette Compagnie aux missions canadiennes. Lépouse de ce grand chef militaire, femme dune rare vertu dont la cause de béatification a été introduite à Rome, entre alors avec son accord au Carmel.
Dès sa prise en fonction, le nouveau vice-roi interdit sur terre comme sur mer lexercice de la "religion prétendue réformée". Répondant à la demande du P. Coton, lancien confesseur dHenri IV devenu provincial des jésuites, il pourvoit à lenvoi et à lentretien de cinq Pères jésuites dont les PP. Charles Lalemant, supérieur, et Jean de Brébeuf. Ils seront accompagnés par vingt laboureurs qui devront défricher afin de sétablir au Canada.
Mais les protestants ne perdent pas de temps. Sachant bien quil reste toujours quelque chose des calomnies, ils préparent larrivée de nos missionnaires; toute la population est fortement impressionnée par leur pamphlet, "lAnticoton". Sans lhospitalité des récollets qui leur prêtent la moitié de leur couvent pendant un an, les bons Pères nauraient eu quà rembarquer. Mais leur ardeur à défricher fait tomber les préventions et la population accepte leur établissement au Canada. "LAnticoton" est brûlé sur la place publique. à son retour de France, Champlain lie grande amitié avec ces bons Pères et prend comme directeur de conscience le Père Lalemant.
Les protestants ne désarment pas pour autant. Guillaume de Caen, le plus sectaire de la famille, interdit à ses navires de transporter au Canada le ravitaillement des jésuites, si bien quils sont contraints de renvoyer les vingt laboureurs, faute de pouvoir assurer leur subsistance! Les protestants restent les maîtres du transport et du commerce, dont dépend toute loeuvre dévangélisation et de colonisation. Le Père Lalemant sélève contre cet assujettissement: " Lhérétique a, au Canada, plus dempire que jamais."
En France, les huguenots sont en révolte ouverte contre lautorité royale. Ils font appel aux Anglais. Le roi Louis XIII va donc en personne mettre le siège devant La Rochelle et cest là quil approuve les statuts dune nouvelle compagnie pour remédier aux maux qui entravent le développement de la colonie. Le cardinal de Richelieu, devenu le principal ministre, tire la leçon de tous les rapports venus du Canada et constitue "la Compagnie des cent associés" dont les membres seront exclusivement catholiques.
En tête des statuts, il est stipulé que le but premier sera "dessayer, avec lassistance divine, damener les peuples qui habitent en Nouvelle-France, à la connaissance du vrai Dieu". Pour amener les Indiens à la vie sédentaire et à la civilisation chrétienne, la Compagnie sengage à y faire passer chaque année plus de deux cents (200) naturels français catholiques. Des avantages territoriaux et le monopole commercial sont concédés en contrepartie des frais nécessités par létablissement et lentretien des colons.
La charte de cette nouvelle compagnie exclut les protestants de la Nouvelle-France. Selon lexpression de lhistorien émile Salone, ils ont été "les artisans de leur propre disgrâce" par leur insouciance à coloniser et leur hostilité à lévangélisation. Certains Canadiens ont osé prétendre que lexclusion des protestants fut fatale à la Nouvelle-France. F.-X. Garneau est allé jusquà regretter quon nait pas éliminé les catholiques! Pourtant, les huguenots auraient-ils mieux fait après 1627 quavant ?
Nous pouvons trancher ce débat avec beaucoup dassurance puisque le protestantisme érige la liberté individuelle en loi divine et quil constitue une agression contre lordre catholique et monarchique. Aussi nous affirmons que cette exclusion fut salutaire tant pour la vie spirituelle des Canadiens français que pour leur tranquillité temporelle.
La nouvelle organisation qui satisfaisait pleinement les colons, correspondait aux vues des grands personnages du royaume, tels le P. Joseph, le chevalier Razilly ou encore le poète Montchrestien, partisans dune colonisation royale, catholique et française. Il serait intéressant de savoir dans quelle mesure le P. Joseph, "léminence grise" de Richelieu, na pas été le véritable inspirateur de cette charte. Richelieu, en tout cas, sen est attribué la gloire et sest placé à la tête des Cent associés.
Toutefois, loeuvre coloniale reste du domaine privé. Laction des associés, les bailleurs de capitaux, avaient certes des motifs évangéliques, mais navait-on pas oublié la maxime de François 1er: "Commercer est métier de marchand, coloniser est métier de roi"? Hélas, Richelieu ne veut pas charger létat du soutien et de ladministration directe de la colonie au moment où il jette toutes les forces vives du royaume dans ce quon appellera "la guerre de Trente ans". Ni larmée, ni la marine royale ne sont employées à défendre le Canada. Si bien quen 1628, quand lAngleterre déclare la guerre à la France pour venir en aide aux protestants français, cest en toute impunité que des navires anglais commandés par les frères Kirke bloquent le golfe du Saint-Laurent.
À Québec, Champlain reçoit le messager porteur de la sommation anglaise. Il répond fièrement que les Anglais nont quà sapprocher! Sil se rend, il considère quil méritera un châtiment rigoureux devant Dieu et devant les hommes. "La mort en combattant nous sera honorable ", conclut-il. LAnglais est impressionné par le courage de Champlain. Il ignore à quel point la ville est dans une position faible et préfère prendre la mer pour capturer la première flotte des Cent associés, Richelieu ayant négligé de lui donner une escorte! Durant tout lhiver, les Français seront menacés dans Québec, mais le délai obtenu est vraiment providentiel. Nous verrons comment il permettra au Canada de revenir bientôt à la France.
Lannée suivante, au printemps 1629, Champlain doit se résoudre à ouvrir les portes de sa citadelle affamée et désarmée. La prise de Québec par les Anglais signifie la ruine de toute loeuvre française entreprise par Champlain et, par suite, le recul de léglise et de son admirable travail dévangélisation. à vues humaines, tout est perdu.
Le coup de grâce leur fut donné en 1629 lorsque les Anglais prirent Québec.
Pourtant, il y aura bien une Nouvelle-France! Nous savons quelle a existé et quelle fut une belle réussite. Cest ce quil nous faut maintenant raconter... et expliquer. Car il importe de donner la clef de la prodigieuse histoire que lon va lire. Quel secret, quel mystère, quelle force rendent compte de ce retournement de lhistoire?
Aucun des obstacles rencontrés par Champlain avant 1629 ne disparaît après cette date. Et ils ne semblent pas moins insurmontables. Le climat est évidemment toujours aussi rigoureux. "Faire de la terre" coûte toujours autant de peine et de misère. Les Anglais continuent à vouloir empêcher toute implantation française et à convoiter le Canada. Les Iroquois viennent bientôt semer la terreur sur les rives du Saint-Laurent. Enfin, la subsistance de la colonie demeure, et pour longtemps encore, dépendante dune compagnie à monopole et il faudra attendre plus de trente ans pour voir débarquer le premier régiment royal.
Malgré cela, limpossible fondation dune colonie française en Amérique du Nord est devenue une réalité! Lhistorien cherche une explication. Dune manière générale, il met en avant la personnalité exceptionnelle des "fondateurs" que nous verrons bientôt débarquer à Québec. Après Champlain, voici les Pères jésuites conduits par des supérieurs remarquables: successivement les PP. Le Jeune, Jérôme Lalemant et Ragueneau. Qui ne connaît leurs grands martyrs dont les saints Jean de Brébeuf et Isaac Jogues? Puis viennent les grandes fondatrices et mystiques : la bienheureuse Catherine de Saint-Augustin, Jeanne Mance. Enfin, lon admire les chefs valeureux et les héros comme Maisonneuve, Lambert Closse et Dollard des Ormeaux.
L'histoire du Canada est beaucoup plus longue...les écrits précèdents ont été extrait d'un merveilleux site que j'ai visité ,qui s'appelle:...Histoire du Canada..Quand je lis cela,je peut être fier d'être Canadien Francais..,....nous avons découvert et colonisé le Canada,ce n'est que plus tard que nous nous sommes battu et perdu contre les Anglais!
Je suis fier de mon Héritage...Les jeunes d'aujourd'hui devrait apprendre l'histoire du Canada dans les écoles...,mais c'est un autre sujet de discussion:)
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