Le continent américain demeurait un monde absolument inconnu du reste de l’univers civilisé lorsque Christophe Colomb découvrit, le 12 octobre 1492, les côtes du "Nouveau Monde". Longtemps encore, les navigateurs crurent qu’il ne s’agissait que d’un nouveau rivage de l’Asie, cette contrée aux épices si convoitées. Les rois d’Espagne et du Portugal envoyèrent vers ces horizons inexplorés des expéditions où missionnaires accompagnaient marins et conquistadors, car en ces temps de Chrétienté, la grandeur des pays européens n’allait pas sans la plus grande gloire de Dieu.
En 1493, l’Espagne et le Portugal obtinrent du Pape, alors arbitre incontesté des conflits entre les nations chrétiennes, le partage du monde en leur faveur suivant deux zones d’influence respectives. Alexandre VI assortit même son décret d’une menace d’excommunication contre qui l’enfreindrait. Cela n’empêcha pas le roi d’Angleterre, Henri VII, d’envoyer en 1497 le navigateur Jean Cabot, d’origine italienne, tenter de trouver un passage vers les Indes par l’Ouest et le Nord de l’Atlantique. Sans doute atteignit-il le rivage américain, mais l’endroit en est si peu déterminé que l’Angleterre attendra un siècle avant de commencer à revendiquer d’hypothétiques droits acquis pour elle en Amérique du Nord par cette expédition.

Il n'est toujours pas question du Canada. Les années passent. Le Royaume des lys sort des ruines de la guerre de Cent ans. En envoyant sainte Jeanne d’Arc avec mission de faire sacrer le roi comme "lieutenant du Christ qui est vrai Roy de France ", le Ciel avait à la fois sauvé la monarchie et manifesté son caractère sacral.
Pour comprendre la fonction que la France remplira en Amérique, il est absolument nécessaire de garder présente à l’esprit cette alliance mystique passée entre le Christ et la nation française. Après cette restauration de leur autorité, les rois de France s’étaient malheureusement grisés de rêves de grandeur et enlisés dans les guerres d’Italie. Or c’était d’Amérique, du Pérou, que la fortune arrivait à leur rival, l’empereur Charles-Quint. Il faudra attendre la paix pour que la France puisse se tourner vers ce Nouveau Monde.

Ce n’est donc qu’en 1523 que le roi François 1er peut organiser la première expédition française outre-Atlantique. Elle est financée par un groupe de banquiers italiens établis à Lyon, et l’objectif assigné à son chef, le Florentin Jean Verrazano, est de découvrir, par l’Ouest, une nouvelle route vers l’Inde et la Chine. Il s’agit de contrebalancer le grand avantage que Magellan vient de donner aux Espagnols en découvrant un passage vers l’Extrême-Orient par le sud de l’Amérique ; il s’agit également de trouver au loin l’or qui manquait si cruellement au trésor royal. Giovanni da Verrazano Las ! Verrazano se heurte au littoral américain. Le premier, il en reconnaît la continuité depuis la Floride espagnole jusqu’à Terre-Neuve, sans espoir de passage vers la Chine ! Maigre consolation : il donne le nom de Nouvelle-France à tous ces territoires abordés. Portugais et Espagnols veillent jalousement sur leur privilège, et l’excommunication, menaçant ceux qui enfreindraient le décret d’Alexandre VI, constitue un sérieux obstacle pour le roi de France durant encore dix ans. Mais, en 1533, profitant du mariage de son fils, le futur Henri Il, avec Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII, François 1er obtient la précision officielle que l’acte d’Alexandre VI ne concernait que les territoires connus à l’époque et non ceux à découvrir.

En 1534 est le le premier voyage de Jacques Cartier.. Enfin libéré, François 1er décide d’envoyer dès 1534 une expédition devant poursuivre les recherches de Verrazano, toujours dans le même but commercial. Le chef en sera un navigateur de grande expérience, originaire du port de Saint-Malo : c’est Jacques Cartier, présenté au roi par le grand aumônier du roi et abbé du Mont-Saint-Michel. Cartier est un notable apparenté avec les plus honorables familles malouines d’intrépides marins. Dès son premier voyage, il prouve son habileté en effectuant l’une des plus rapides traversées de l’époque : il aborde Terre-Neuve après seulement vingt jours de navigation et, contournant l’île par le nord, il atteint pour la première fois le rivage américain. La prise de possession des lieux se fait au nom du roi de France. Cartier dresse cérémonieusement la Croix. Dans ses "Relations", le navigateur décrit lui-même l’événement : Jacques Cartier "Et icelle croix plantâmes sur ladite pointe [celle de Gaspé] devant eux [les Indiens], lesquels la regardaient faire et planter. Et après qu’elle fut élevée en l’air, nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant icelle devant eux, et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par icelle était notre rédemption, de quoi ils firent plusieurs admirations, en tournant et regardant icelle croix.’" Cette croix blanche avait trente pieds de haut et portait l’inscription "Vive le Roy de France!''. Admirable époque, encore profondément chrétienne, où Dieu, la France et le roi étaient servis en même temps et d’un même amour ! Cartier reste quelque temps à explorer la côte puis décide le retour non sans emmener, un peu malgré eux, deux indigènes qui pourront servir par la suite d’interprètes et de pilotes. François 1er écoute avec grand plaisir la narration des découvertes de son navigateur, et lorsqu’il entend les deux Indiens parler d’un royaume du Saguenay où abonde l’or, un vif intérêt s’ajoute à la curiosité. Il décide alors que Jacques Cartier recevra la mission de poursuivre au printemps suivant l’exploration (et la prospection!) entreprise.
Le jour de la Pentecôte 1535, Cartier se confesse et communie en viatique ainsi que tous ses matelots ; puis, après avoir reçu dans la cathédrale de Saint-Malo une bénédiction spéciale de leur évêque, ils embarquent sur leurs navires désormais célèbres : la Grande Hermine, la Petite Hermine et l’émérillon, qui les portent "aux Terres Neuves ". Le 10 août, Cartier pénètre dans une baie immense qu’il nomme Saint-Laurent puisque l’église le fête ce jour-là. Il apprend qu’elle mène vers un pays appelé "Canada", ce qui signifie : groupe de cabanes. Cette voie d’eau conduit donc à des bourgades d’Indiens sédentaires qui, à cette époque, sont les Iroquois. Pour les marins français, le fort courant qu’ils observent ne peut être que le flux entre deux océans et ainsi l’on serait donc sur le point de découvrir le fameux passage ? Il faut à tout prix pousser de l’avant! L’accueil des indigènes se révèle cordial, tant à Stadaconé, sur le site actuel de Québec qu’à Hochelaga, sur l’île de Montréal. En cet endroit, toute la population accourt à la suite de son chef pour demander la guérison des malades à celui qu’ils prennent pour un dieu nouveau.
Voici à quoi ressemblait Hochelaga à l'arrivée de Cartier. Entouré d'une palissade, ce village iroquoien occupait le site actuel de Montréal. La "Relation" raconte que Cartier, "voyant la foi et la piété de ce dit peuple, dit l’évangile de saint Jean, "In principio " faisant le signe de la croix sur les pauvres malades, priant Dieu qu’il leur donnât connaissance de notre sainte foi et de la passion de Notre Sauveur et grâce de recouvrer chrétienté et baptême ". Puis, à la lecture de la Passion de Notre-Seigneur, "tout ce pauvre peuple fit un grand silence et furent merveilleusement attentifs, regardant le Ciel et faisant pareilles cérémonies qu’ils nous voient faire". Cette piété ravit le coeur de nos Bretons et leur laisse espérer un fructueux apostolat pour l’église. Les habitants d’Hochelaga mènent alors Cartier au sommet de la montagne que le navigateur nomme le mont Royal et d’où il entrevoit comme en rêve les possibilités de ce pays. L’idée de la colonisation du Canada vient de naître. Cependant, la froide réalité va bientôt mettre à rude épreuve ces beaux projets. Il faut revenir à Stadaconé pour hiverner mais Donnacona a été furieux que Cariter aille à Hochelaga. Les Indiens se montrent plutôt menaçants, si bien qu’on n’ose plus sortir du fortin érigé à la hâte. L’hiver et ses quatre pieds de neige jusqu’en avril sont terribles pour nos Bretons bientôt en proie au scorbut. Sur cent dix hommes, vingt-cinq périssent et quinze seulement demeurent valides lorsque Jacques Cartier implore solennellement le Ciel par un voeu à Notre-Dame. Il ne tarde pas à être exaucé, car les jours suivants des Indiens lui montrent un remède : "la tisane d’Anneda". Il s’agit probablement d’une infusion riche en vitamines C, de feuilles de thuya ou cèdre blanc du Canada. Elle permet providentiellement aux explorateurs de revoir leur patrie bien- aimée.

L’enthousiasme de Cartier n’en est pas pour autant abattu. Dans une de ses "Relations", il expose librement à François 1er tous les avantages que la France pourrait trouver en ces contrées lointaines et l’évangélisation que l’église pourrait y accomplir. Notre navigateur ose même exposer respectueusement à son roi qu’il tolère trop facilement "ces méchants luthériens" qui éclipsent la foi et la civilisation ; et de lui citer comme modèle le catholique roi d’Espagne qui s’oppose avec bonheur aux criminelles entreprises "des enfants de Satan''. François 1er mène en effet une politique ambiguë vis-à-vis du protestantisme qui progresse, de ce fait, rapidement dans le Royaume.

Cartier en est venu à préconiser un véritable établissement français au Canada. Il rédige pour cela "un mémoire des hommes et provisions nécessaires ", prévoyant d’envoyer 276 personnes d’à peu près tous les corps de métiers, "tant pour faire le labourage que pour peupler le pays ". C’est le premier projet de colonisation paru en France. François 1er le reçoit, l’approuve et débourse trente mille livres en nommant Cartier capitaine général de la petite flotte destinée à la réalisation de l’entreprise, car le roi est conscient que si "commercer est métier de marchand, coloniser est métier de roi ". Il va même jusqu’à préciser dans la commission du capitaine les motifs les plus élevés : "Instruire les indigènes en l’amour et crainte de Dieu et de sa sainte loi et doctrine chrétienne... ; faire chose agréable à Dieu notre créateur et rédempteur et qui soit à l’augmentation de son saint et sacré nom et de notre me mère la sainte église catholique de laquelle nous sommes dit et nommé le premier fils." (Groulx) Pourtant, Cartier ayant achevé ses minutieux préparatifs, le roi jugea bon, pour un motif qui demeure obscur, de coiffer toute l’expédition d’un chef extraordinaire : le sieur de Roberval. Ce Roberval était un courtisan ruiné, un de ces protestants que François 1er protégeait contre les poursuites pour "crime d’hérésie ". Au printemps 1541, Roberval reste au large des côtes françaises qu’il écume en pirate avec une partie de la flotte tandis que Cartier vogue avec l’autre partie vers le Canada, pour la troisième fois. Arrivés sur les bords du Saint-Laurent, les Malouins constatent aussitôt l’hostilité des indigènes. Ils établissent deux fortins à distance respectable de Stadaconé, à l’emplacement de l’actuel cap Rouge. L’hiver s’écoule à se défendre contre les Indiens et, au printemps 1542, comme Roberval n’arrive toujours pas, Cartier lève l’ancre pour retourner en France, car "avec sa petite bande, dira-t-il, il ne put résister aux sauvages ". Mais il emporte en ses soutes un précieux chargement : onze barils d’or et un boisseau de pierres précieuses recueillies près du cap Rouge.
C’est à Saint-Jean de Terre-Neuve où il fait relâche que Cartier voit enfin arriver les trois navires de Roberval qui lui ordonne même de retourner avec lui au Canada ! Comme l’établit le chanoine Groulx, l’équipage de Cartier, effrayé par la perspective d’un nouvel hiver comme le précédent, fait valoir à son capitaine que les quinze mois de service prévus lors de l’engagement sont écoulés. Et, de nuit, Cartier s’éloigne subrepticement pour regagner la France où il reçoit un très bon accueil de la part de François 1er. Malheureusement, les alchimistes établissent qu’en fait d’or et de diamants, Cartier n’a rapporté que de la pyrite de fer et du quartz ! Ces trois voyages ne seront bientôt plus résumés que par le fameux dicton : "Faux comme un diamant du Canada !" Quant au roi, il n’aura plus de capitaux à engager pour d’aussi piètres résultats. De leur côté, Roberval et ses équipages connaissent un fort mauvais hiver sur les rives du Saint-Laurent. Le printemps venu (1543), les survivants regagnent la France. Roberval conserve la faveur royale et meurt dix-sept ans plus tard au cours d’une rixe contre des catholiques. Cartier, lui, se retire en son modeste manoir de Limoilou. à sa mort, en 1557, sa bonne ville de Saint-Malo lui réservera l’honneur d’être inhumé dans la cathédrale, comme les évêques : c’est à l’entrée de la chapelle de la Sainte Vierge que ce grand chrétien repose encore de nos jours. Cet échec de l’implantation d’un établissement permanent marque le début d’une éclipse de plus d’un demi-siècle de la présence française au Canada. On doit l’imputer en grande partie à la légèreté du roi François 1er et à la faiblesse de ses finances. Sous la régence de Catherine de Médicis, tant que ce "Machiavel en robe de deuil" influencera la politique royale, le désintérêt pour le Canada, où aucune richesse minière n’a été trouvée, va être absolu. Néanmoins la France a désormais, grâce à Jacques Cartier, des droits certains sur ces territoires et quelques commerçants français viennent périodiquement y faire la traite des fourrures. S’il sombre un temps dans le ridicule, le Canada n’est donc pas tout à fait oublié. Mais il faudra attendre la fin du XVIe siècle et le règne d’Henri IV pour que la France tourne de nouveau son regard vers l’Amérique.

Par sa conversion en 1593 et le traité de Vervins en 1598, le roi Henri IV remet la France en paix. Son souci est désormais de reconstruire et rendre le royaume à sa grandeur passée. Entre autres, il encourage la reprise du commerce des fourrures avec les indigènes du Canada. Mais surtout il souhaite un établissement français permanent qui puisse y protéger ce commerce et défendre les droits acquis par Cartier, voire les étendre. En bref, il veut coloniser.
Pour cela, il faut de l’argent et la couronne française en manque toujours aussi cruellement. Voici Henri IV contraint de faire appel à de riches personnages du royaume, un Aymard de Chastes, catholique, mais aussi des protestants comme Chauvin et de Monts. Le roi les incite à fonder des compagnies qui, en contrepartie du monopole sur le commerce canadien, devront assurer les frais énormes des expéditions de colonisation. C’est selon cette formule que la Hollande bâtit au même moment son empire colonial. Le premier essai d’implantation a lieu sur le littoral atlantique, en 1605, où le sieur de Monts fonde Port-Royal d’Acadie. Difficiles débuts: le climat est fort rigoureux et la région offre peu de ressources. Tant bien que mal, nos colons s’installent et songent même à convertir les indigènes voisins. Henri IV favorise l’envoi de deux jésuites qui reçoivent cependant un accueil plutôt froid, car si leur ordre est influent (le R. P. Coton, s.j., est confesseur du roi ), il demeure évidemment haï par les protestants et se trouve également méprisé par tout ce que la France compte d’esprits gallicans dans la noblesse et la bourgeoisie. Mais la grande menace pour cet établissement français se révèle la proximité des Anglais... Installés en 1607 en Acadie même, ils sont contraints par l’hostilité du climat et des Indiens à partir plus au Sud où ils fondent Jamestown qui deviendra le berceau de la Virginie. La proximité de ce redoutable voisin pousse le lieutenant du fondateur de Port-Royal, Samuel de Champlain, à trouver une région plus tranquille: la vallée du Saint-Laurent. Il fait bien puisqu’en 1613 une attaque anglaise, lancée de Virginie, dévastera l’établissement français d’Acadie. Et les Acadiens vont subir avec une tranquille opiniâtreté surnaturelle une longue série d’horreurs de la même provenance.

Originaire de Brouage-en-Saintonge, Samuel de Champlain est un catholique ardent. Navigateur et géographe de mérite, il s’est battu dans les rangs de la Ligue. Lorsqu’il commande un navire, il le transforme en véritable "Cité de Dieu", réprimant les blasphèmes et veillant à faire dire la prière matin et soir. Ayant déjà exploré le Saint-Laurent en 1603, il lui trouve de nombreux avantages sur l’Acadie. Le climat semble moins rude et la terre meilleure. Les indigènes, plus nombreux, sont tous unis contre un ennemi commun: Les Iroquois. Depuis les voyages de Cartier, ceux-ci avaient en effet été chassés au sud des Grands-Lacs par les tribus nomades des Algonquins et des Montagnais, mais ils ne rêvaient que de revanche. C’est une lutte acharnée, dans laquelle l’aide des Français est ardemment souhaitée: par ce moyen, l’influence française peut pénétrer immédiatement jusqu’aux Grands -Lacs où les plus lointains "alliés", les Hurons, cultivent la terre. L’évangélisation s’en trouve pareillement facilitée, ce qui répond aux voeux et soucis les plus constants de Champlain disant qu’ "au contact de ces peuples qui vivent sans connaissance de Dieu, un apôtre est né en lui "

En 1608, Champlain remonte le Saint-Laurent et choisit le site de Québec. Il y débarque le 3 juillet et commence aussitôt "l’Habitation" qui servira à la fois de fort, de demeure et de magasin: ainsi naît modestement la glorieuse ville de Québec. Quels éprouvants débuts! Au printemps 1609, il ne reste plus que huit survivants des vingt-huit Français qui ont hiverné là! Grâce à son courage et à son intrépide persévérance face à d’incroyables difficultés, Champlain réussit pourtant à maintenir l’établissement français de Québec: il a bien mérité son titre incontesté de "Père de la Patrie ". Quelle vaillance!
Après un hiver si dramatique, loin de rembarquer, il se trouve en plein pays iroquois à la tête d’un parti d’Algonquins et de Hurons : il remporte même une éclatante victoire près d’un lac auquel il donne son nom. Bientôt on le voit encore plus loin, dans l’Ouest, chez les Hurons auxquels il promet de l’aide contre les Iroquois et l’envoi de missionnaires. Cependant, tout est lié à la situation intérieure du royaume de France et à ce qui sera consenti en faveur du Canada.

Or l’assassinat d’Henri IV, en 1610, porte un coup terrible à Champlain et à la Nouvelle -France que le roi encourageait malgré l’opposition de Sully pour lequel aucune richesse n’est à attendre de cette colonisation! En outre, le ministre soutient la liberté du commerce revendiquée par les armateurs français (dont beaucoup sont protestants) contre le monopole voulu par le feu roi dans le but de faire financer l’implantation au Canada par ceux qui en bénéficieraient.
L’influence des commerçants se montre telle que Champlain n’hésite pas à s’embarquer pour la France, car c’est à Paris d’abord que doivent être défendus les intérêts de la Nouvelle-France. Douze fois il affronte ainsi l’Océan dans les deux sens pour sauvegarder l’oeuvre entreprise. Au cours de l’un de ces séjours à Paris, il épouse Hélène Boullé, de vingt-huit ans sa cadette. Il la convertit du protestantisme et l’emmène quelques années au Canada où elle s’occupe des Indiens comme une mère. Devenue veuve, elle entrera chez les ursulines et sera la fondatrice de leur couvent de Meaux.

Mais revenons aux soucis de la colonie... Pour faire contrepoids à l’omnipotence de la Compagnie des marchands, il faut au Canada une autorité politique. Champlain obtient de la régente Marie de Médicis que le Canada soit confié aux princes de la famille de Bourbon-Condé avec le titre de vice-rois. Ceux-ci délèguent leur pouvoir à Champlain qui devient leur lieutenant-général pour la Nouvelle-France, ce qui lui confère l’autorité, du moins en principe, sur les membres de la Compagnie.
Par cette heureuse décision, le Canada cesse d’être uniquement l'"affaire" des marchands; cependant leurs rapports avec le pouvoir politique demeureront toujours tendus. Citons ce fait incroyable: en 1619, interdisant à Champlain l’accès de leurs navires, ils appareillent sans lui et l’obligent à attendre l’année suivante pour pouvoir traverser!
Champlain profite de toute occasion pour plaider la cause de la Nouvelle-France. Aux évêques de France assemblés aux états généraux de 1614, puis aux chambres de commerce, il s’adresse par exemple ainsi: "Pour que ce saint oeuvre soit béni de Dieu, il faut y mener quinze religieux récollets et secondement trois cents familles par an avec outils et bétail; en plus, trois cents hommes disciplinés capables de gagner leur vie en même temps que de défendre le pays "

Au lieu des quinze religieux demandés, le Canada ne reçoit en 1615 que quatre franciscains (ou "récollets") qui se mettent à l’oeuvre sur-le-champ: le P. Le Caron se rend chez les Hurons où il fonde une mission permanente; le P. Dolbeau "cabane" chez les Montagnais et entreprend d’établir un dictionnaire de leur langue, tandis que le P. Jamet demeure à Québec auprès des Français et des Indiens de la place. Les fruits de ce premier apostolat missionnaire sont bien décevants. Ici comme ailleurs, la mission appelle la colonisation. Ces héroiques missionnaires font donc savoir à leurs supérieurs qu’il faut avant tout "humaniser" les Indiens et que des agriculteurs et artisans venus de France seraient nécessaires pour leur donner l’exemple de la vie chrétienne et les attirer à la vie sédentaire. Champlain se fait l’écho de ces demandes. Il lui faut trois cents familles.

Dix ans plus tard, en 1628, cinq familles seulement sont établies au Canada! Comment expliquer cet échec? L’histoire de la famille Hébert, la première établie ici, illustre au mieux les difficultés rencontrées par d’éventuels colons. Louis Hébert, ancien apothicaire parisien, s’était d’abord établi en Acadie où, le premier, il récolta du blé. Chassé par la dévastation des Anglo-Virginiens, il rentra en France tout en conservant la nostalgie du Canada. En 1617, répondant à l’invitation de Champlain, il vend tous ses biens et se présente à Dieppe avec toute sa famille afin de s’embarquer pour le Canada.
Mais là, profitant de son monopole, la Compagnie des marchands exige de lui, par contrat, qu’il travaille durant deux ans à son service; encore est-il tenu de vendre sa production à la seule Compagnie et au prix courant en France, alors que celle-ci double ou triple le prix des denrées qu’elle importe de la métropole.

Pourtant, cela n’arrête pas le valeureux colon qui avait déclaré "vouloir passer les mers pour venir secourir les sauvages plutôt que pour aucun intérêt particulier, et pour donner un commencement à une peuplade chrétienne". Georges Goyau souligne le rôle de Louis Hébert: "Ancêtre d’un grand nombre de familles canadiennes, il mérita d’être appelé "l’Abraham de la colonie", père comme lui d’un nombreux peuple de croyants ". Notre héros réussit tant bien que mal à s’établir et sa famille sera la première, et la seule pour un long temps, à pouvoir subsister grâce à sa propre production.
Il ne faut donc pas compter sur la Compagnie pour peupler le Canada: elle craint de voir baisser ses bénéfices si les colons deviennent des intermédiaires entre les Indiens et elle. Le chanoine Groulx nous explique bien que "la colonisation était une taxe sur les profits du détenteur du monopole; celui-ci devait choisir entre son intérêt particulier et l’intérêt national" Autre difficulté pour le peuplement: on ne tirerait pas de grands profits de la mise en culture des rives du Saint-Laurent. En effet, sous un tel climat, les terres fertiles ne donneraient jamais que des produits agricoles déjà abondants en France alors que, plus au sud, les Anglais de Virginie pouvaient développer la culture du tabac américain qui rapporte et attire une abondante main d’oeuvre. En 1628, il y aura là-bas plus de deux mille Anglais alors qu’au Canada les Français ne seront qu’une soixantaine!

Les difficultés s’aggravent pour l’évangélisation comme pour la colonisation quand la famille de Caen, en majorité protestante, devient détentrice du monopole. Champlain et les missionnaires s’en plaignent beaucoup dans les lettres qu’ils envoient en France. Sur les navires de la Compagnie, les équipages forcent les passagers catholiques à assister à leurs "psaumes" et en profitent pour railler et blasphémer les saints mystères de la religion.
Au Canada, les commis de la Compagnie essaient de détourner les Indiens du catholicisme et certains coureurs des bois qu’elle envoie chez les indigènes comme interprètes pour faire la "cueillette" des fourrures se font remarquer par leur vie scandaleuse, leurs débauches s’ajoutant à leurs exactions. Enfin, la Compagnie relègue au rang de manoeuvres et d’ouvriers les religieux que, par contrat, elle devait entretenir.

Ainsi les récollets peuvent difficilement subvenir aux besoins de leur apostolat. Ils sont obligés de constater qu’ils n’arriveront pas à assurer une oeuvre d’évangélisation aussi vaste avec de si faibles moyens. Un ordre comme celui des jésuites ne pourrait-il pas oeuvrer efficacement à ce labeur gigantesque? La Compagnie de Jésus avec ses solides appuis à la cour et ses revenus assurés aurait le grand avantage de ne pas se trouver sous la tutelle de la Compagnie de Caen. Justement, en 1625, Henri de Lévis, duc de Ventadour, achète la vice-royauté du Canada à son oncle, le duc de Montmorency. Le jeune duc de Ventadour, un de ces apôtres de la Contre-Réforme tout imprégnés de l’esprit de saint François de Sales, s’est déjà distingué par sa vaillance lors des guerres contre les protestants. Son directeur, le Père Noyrot, est membre de la Compagnie de Jésus. "Connaissant son âme de croisé des anciens temps", il lui a conseillé d’acheter cette charge pour mettre son influence et sa fortune au service de l’évangélisation de ces contrées.
Signalons que son zèle ne se bornera pas là. Quatre années plus tard, il fondera la Compagnie du Saint-Sacrement qui couvrira la France de ses bonnes oeuvres et de ses générosités, assistant saint Vincent de Paul en toutes ses entreprises. Nous verrons qu’il saura intéresser les membres de cette Compagnie aux missions canadiennes. L’épouse de ce grand chef militaire, femme d’une rare vertu dont la cause de béatification a été introduite à Rome, entre alors avec son accord au Carmel. Dès sa prise en fonction, le nouveau vice-roi interdit sur terre comme sur mer l’exercice de la "religion prétendue réformée". Répondant à la demande du P. Coton, l’ancien confesseur d’Henri IV devenu provincial des jésuites, il pourvoit à l’envoi et à l’entretien de cinq Pères jésuites dont les PP. Charles Lalemant, supérieur, et Jean de Brébeuf. Ils seront accompagnés par vingt laboureurs qui devront défricher afin de s’établir au Canada.

Mais les protestants ne perdent pas de temps. Sachant bien qu’il reste toujours quelque chose des calomnies, ils préparent l’arrivée de nos missionnaires; toute la population est fortement impressionnée par leur pamphlet, "l’Anticoton". Sans l’hospitalité des récollets qui leur prêtent la moitié de leur couvent pendant un an, les bons Pères n’auraient eu qu’à rembarquer. Mais leur ardeur à défricher fait tomber les préventions et la population accepte leur établissement au Canada. "L’Anticoton" est brûlé sur la place publique. à son retour de France, Champlain lie grande amitié avec ces bons Pères et prend comme directeur de conscience le Père Lalemant.
Les protestants ne désarment pas pour autant. Guillaume de Caen, le plus sectaire de la famille, interdit à ses navires de transporter au Canada le ravitaillement des jésuites, si bien qu’ils sont contraints de renvoyer les vingt laboureurs, faute de pouvoir assurer leur subsistance! Les protestants restent les maîtres du transport et du commerce, dont dépend toute l’oeuvre d’évangélisation et de colonisation. Le Père Lalemant s’élève contre cet assujettissement: " L’hérétique a, au Canada, plus d’empire que jamais."

En France, les huguenots sont en révolte ouverte contre l’autorité royale. Ils font appel aux Anglais. Le roi Louis XIII va donc en personne mettre le siège devant La Rochelle et c’est là qu’il approuve les statuts d’une nouvelle compagnie pour remédier aux maux qui entravent le développement de la colonie. Le cardinal de Richelieu, devenu le principal ministre, tire la leçon de tous les rapports venus du Canada et constitue "la Compagnie des cent associés" dont les membres seront exclusivement catholiques.
En tête des statuts, il est stipulé que le but premier sera "d’essayer, avec l’assistance divine, d’amener les peuples qui habitent en Nouvelle-France, à la connaissance du vrai Dieu". Pour amener les Indiens à la vie sédentaire et à la civilisation chrétienne, la Compagnie s’engage à y faire passer chaque année plus de deux cents (200) naturels français catholiques. Des avantages territoriaux et le monopole commercial sont concédés en contrepartie des frais nécessités par l’établissement et l’entretien des colons.

La charte de cette nouvelle compagnie exclut les protestants de la Nouvelle-France. Selon l’expression de l’historien émile Salone, ils ont été "les artisans de leur propre disgrâce" par leur insouciance à coloniser et leur hostilité à l’évangélisation. Certains Canadiens ont osé prétendre que l’exclusion des protestants fut fatale à la Nouvelle-France. F.-X. Garneau est allé jusqu’à regretter qu’on n’ait pas éliminé les catholiques! Pourtant, les huguenots auraient-ils mieux fait après 1627 qu’avant ?
Nous pouvons trancher ce débat avec beaucoup d’assurance puisque le protestantisme érige la liberté individuelle en loi divine et qu’il constitue une agression contre l’ordre catholique et monarchique. Aussi nous affirmons que cette exclusion fut salutaire tant pour la vie spirituelle des Canadiens français que pour leur tranquillité temporelle.
La nouvelle organisation qui satisfaisait pleinement les colons, correspondait aux vues des grands personnages du royaume, tels le P. Joseph, le chevalier Razilly ou encore le poète Montchrestien, partisans d’une colonisation royale, catholique et française. Il serait intéressant de savoir dans quelle mesure le P. Joseph, "l’éminence grise" de Richelieu, n’a pas été le véritable inspirateur de cette charte. Richelieu, en tout cas, s’en est attribué la gloire et s’est placé à la tête des Cent associés.

Toutefois, l’oeuvre coloniale reste du domaine privé. L’action des associés, les bailleurs de capitaux, avaient certes des motifs évangéliques, mais n’avait-on pas oublié la maxime de François 1er: "Commercer est métier de marchand, coloniser est métier de roi"? Hélas, Richelieu ne veut pas charger l’état du soutien et de l’administration directe de la colonie au moment où il jette toutes les forces vives du royaume dans ce qu’on appellera "la guerre de Trente ans". Ni l’armée, ni la marine royale ne sont employées à défendre le Canada. Si bien qu’en 1628, quand l’Angleterre déclare la guerre à la France pour venir en aide aux protestants français, c’est en toute impunité que des navires anglais commandés par les frères Kirke bloquent le golfe du Saint-Laurent.

À Québec, Champlain reçoit le messager porteur de la sommation anglaise. Il répond fièrement que les Anglais n’ont qu’à s’approcher! S’il se rend, il considère qu’il méritera un châtiment rigoureux devant Dieu et devant les hommes. "La mort en combattant nous sera honorable ", conclut-il. L’Anglais est impressionné par le courage de Champlain. Il ignore à quel point la ville est dans une position faible et préfère prendre la mer pour capturer la première flotte des Cent associés, Richelieu ayant négligé de lui donner une escorte! Durant tout l’hiver, les Français seront menacés dans Québec, mais le délai obtenu est vraiment providentiel. Nous verrons comment il permettra au Canada de revenir bientôt à la France. L’année suivante, au printemps 1629, Champlain doit se résoudre à ouvrir les portes de sa citadelle affamée et désarmée. La prise de Québec par les Anglais signifie la ruine de toute l’oeuvre française entreprise par Champlain et, par suite, le recul de l’église et de son admirable travail d’évangélisation. à vues humaines, tout est perdu.

Le coup de grâce leur fut donné en 1629 lorsque les Anglais prirent Québec.
Pourtant, il y aura bien une Nouvelle-France! Nous savons qu’elle a existé et qu’elle fut une belle réussite. C’est ce qu’il nous faut maintenant raconter... et expliquer. Car il importe de donner la clef de la prodigieuse histoire que l’on va lire. Quel secret, quel mystère, quelle force rendent compte de ce retournement de l’histoire?
Aucun des obstacles rencontrés par Champlain avant 1629 ne disparaît après cette date. Et ils ne semblent pas moins insurmontables. Le climat est évidemment toujours aussi rigoureux. "Faire de la terre" coûte toujours autant de peine et de misère. Les Anglais continuent à vouloir empêcher toute implantation française et à convoiter le Canada. Les Iroquois viennent bientôt semer la terreur sur les rives du Saint-Laurent. Enfin, la subsistance de la colonie demeure, et pour longtemps encore, dépendante d’une compagnie à monopole et il faudra attendre plus de trente ans pour voir débarquer le premier régiment royal.

Malgré cela, l’impossible fondation d’une colonie française en Amérique du Nord est devenue une réalité! L’historien cherche une explication. D’une manière générale, il met en avant la personnalité exceptionnelle des "fondateurs" que nous verrons bientôt débarquer à Québec. Après Champlain, voici les Pères jésuites conduits par des supérieurs remarquables: successivement les PP. Le Jeune, Jérôme Lalemant et Ragueneau. Qui ne connaît leurs grands martyrs dont les saints Jean de Brébeuf et Isaac Jogues? Puis viennent les grandes fondatrices et mystiques : la bienheureuse Catherine de Saint-Augustin, Jeanne Mance. Enfin, l’on admire les chefs valeureux et les héros comme Maisonneuve, Lambert Closse et Dollard des Ormeaux.

L'histoire du Canada est beaucoup plus longue...les écrits précèdents ont été extrait d'un merveilleux site que j'ai visité ,qui s'appelle:...Histoire du Canada..Quand je lis cela,je peut être fier d'être Canadien Francais..,....nous avons découvert et colonisé le Canada,ce n'est que plus tard que nous nous sommes battu et perdu contre les Anglais!
Je suis fier de mon Héritage...Les jeunes d'aujourd'hui devrait apprendre l'histoire du Canada dans les écoles...,mais c'est un autre sujet de discussion:)


        


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